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   Après s'être enfui de l'arène d'Oznak-dûl, Elwyn n'avait pas eu trop de peine à parcourir les rues de la cité. La plupart des gobelins étaient toujours dans l'antre de la mort et sous le coup du dernier acte posé par l'elfe. Les guerriers et les gardes avaient mis beaucoup de temps avant de se ressaisir et se mettre à la poursuite du fuyard. Celui-ci avait pu sortir de la cité sans se faire remarquer et se cacher dans une des nombreuses grottes creusées dans les collines avoisinant Oznak-dûl. Elwyn ignorait si Eshalk avait ou non survécu à sa chute dans l'arène mais le principal était qu'il avait pu récupérer le collier de la déesse.

   Le compagnon de Roswyn sortit le précieux bijou de son sac et se mit à le contempler. Le rayon de soleil qui avait pénétré dans la grotte où se cachait Elwyn avait fait scintiller de mille feux l'artefact qu'il pouvait maintenant admirer de plus près. Le second des trois bijoux d'Ellen venait enfin d'être retrouvé, mais au prix de quels dangers, d'efforts consentis et de souffrances endurées ? Et si pour l'instant le collier était en sa possession, Elwyn savait que ce dernier ne serait en sécurité qu'une fois remis au grand-druide à Ismen-nethor. Mais d'abord fallait-il pouvoir quitter le pays des gobelins en compagnie de Roswyn, ce qui n'allait sans doute pas se passer sans danger.

   L'Elfe pensa à Roswyn. Il lui aurait été impossible de s'enfuir avec elle sans risquer lui-même sa propre vie. Pour l'instant, son amie était toujours prisonnière de ces maudits gobelins. Quelles allaient êtres les conditions de détention de la jeune femme, maintenant que lui-même avait décoché une flèche qui avait atteint le fils d'Ishtouk et l'avait fait basculer quatre mètres plus bas sur le sol sablonneux de l'arène ? Le fils d'Ellawen savait qu'il ne pouvait pas rester sans agir et qu'il devait retrouver Roswyn au plus tôt afin de la délivrer des mains de ces barbares.

   Après une courte prière à Ellen, une profonde sensation de faim déchira l'estomac d'Elwyn et il sortit précautionneusement de l'endroit où il se terrait. Les environs étaient riches en petits gibiers et après une heure de chasse, le fils d'Ellawen rejoignait sa cachette, deux lièvres attachés à l'une de ses épaules. Au loin le grognement d'un ours attira son attention mais après quelque moment, les bruits émis par le plantigrade se firent de moins en moins entendre et Elwyn pu enfin s'occuper de son repas. Il s'apprêtait à rassembler quelques branchages morts afin de faire un petit feu lorsqu'il se ressaisit. La fumée ne risquait-elle pas d'être visible au loin et ainsi attirer l'une ou l'autre patrouille qui sans aucun doute devait être à sa recherche ? Le fils d'Ellawen ne voulut prendre aucun risque. Il se mit à dépecer un des deux lièvres et, après avoir découpé quelques lanières de viande crue, il se mit à manger non sans faire la grimace. La faim étant plus forte que son dégoût, l'elfe avala rapidement tout le léporidé et bu une longue gorgée d'eau d'une outre subtilisée, en même temps qu'un carquois de flèches à un étal lors de sa fuite d'Oznak-dûl.

   Elwyn décida d'attendre la nuit pour se risquer à rejoindre la cité. Il avait peur que les gobelins ne se vengent sur son amie et qu'ils lui fassent subir de terribles tortures. Et même s'ils ne s'en prenaient pas à l'intégrité physique de la jeune femme, allaient-ils à nouveau la remettre dans la même prison ou l'enfermeraient-ils en un endroit bien plus sévèrement gardé et difficile d'accès ? Le fils d'Ellawen se secoua et s'en remit à la volonté de la déesse Ellen.

   A la nuit tombée, Elwyn prit son arc et le carquois de flèches miraculeusement dérobé et se décida à sortir de sa cachette. Lentement, et tous les sens en éveil, il se dirigea vers Oznak-dûl dont il n'était éloigné que d'à peine plus de cinq cent mètres. Il s'était dit que les gobelins n'auraient pas pensé qu'il puisse se cacher en un endroit aussi rapproché de la cité et qu'ils le rechercheraient plus loin dans les collines. Son idée avait été la bonne car il n'avait aperçu que quelques autochtones déambuler au loin dans la région.

   Alors que la capitale apparaissait dans le lointain, quelques murmures, que l'ouïe très fine d'Elwyn avait captés attira son attention. En effet, il lui avait semblé entendre comme un chuchotis provenant de l'arrière d'un petit monticule de terre situé plus loin sur sa droite. Il s'arrêta net et à nouveau tendit l'oreille. Pendant un instant il n'entendit plus rien puis, quelques murmures lui parvinrent encore.

   - Quelques gobelins en maraude sans doute, se dit-il.

   Puis, se rappelant que les autochtones s'exprimaient généralement à haute voix et en poussant de grands cris, il se résolut d'aller jeter un coup d'oeil un peu plus près. En rampant et avançant dans un silence le plus total, le fils d'Ellawen atteignit le sommet du monticule et observa les lieux. Une dizaine de personnages, assis par terre, discutaient sans élever la voix et faisaient de temps à autre des gestes en direction d' Oznak-dûl. Elwyn reconnu les armures légères bleues des militaires de Sirgonia et en fut tout étonné.

   - Par Ellen, que font ces soldats dans le coin, pensa-t-il ?

   Il se demanda s'il devait ou non se faire connaître de cette petite troupe. Ces hommes pouvaient-ils l'aider dans ses recherches ? Il en doutait. Que venaient-ils faire ici, une mission d'espionnage sans doute ? L'homme qui semblait être le chef émit un ordre et ses subordonnés se levèrent lentement, se saisissant de leurs armes et d'un petit sac qu'ils portèrent à l'épaule. Le regard d'Elwyn s'arrêta sur le commandant du petit groupe et l'Elfe faillit laisser s'échapper un cri de surprise. Il avait reconnu le capitaine Aetius.

   - Aetius !? Mais que fait-il ici ?

   Perplexe, le fils d'Ellawen se mit à réfléchir un moment puis il comprit.

   Mais bien sûr, suis-je bête, se dit-il, à n'en pas douter lui aussi est à la recherche de Roswyn !

 

*   *   *

 

   A Rochegrise, Cylin, accompagnée du capitaine Marcus, sortait du déjeuner offert par le gouverneur Renaud. Ce dernier, également tombé sous le charme de la jeune elfe qui s'était à nouveau présentée comme étant Ellaeel de la tribu des Maleel-aels, s'était longuement entretenu avec la fille de Themwyel et lui avait même offert quelques cadeaux. Pendant leur conversation, le gouverneur avait cité le nom d'Elwyn, un elfe de la tribu des Sedes-odaï qu'il avait rencontré ici même à Rochegrise quelques jours auparavant. Renaud demanda à la jeune elfe si elle connaissait bien cette tribu et quels étaient les rapports actuels entre les trois tribus Blanpaux.

   - Je crois qu'il existe toujours certaines dissensions entre vous, lui avait dit le gouverneur.

   Au nom d'Elwyn, Cylin s'était légèrement mordu le coin de sa lèvre supérieure puis avait répondu :

   - Vous savez gouverneur, je ne m'occupe pas du tout de politique. Mon seul centre d'intérêt est le commerce, c'est pourquoi je me trouve ici actuellement. Quant à cet... Elvin, je n'en ai jamais entendu parler.

   - Elwyn, répondit Renaud, Elwyn, de la tribu des Sedes-odaï. Mais laissons cela voulez-vous ? Je vais vous faire visiter le palais.

   Pendant qu'ils déambulaient dans les couloirs, le capitaine Marcus dit au gouverneur :

   - Avec la visite d'Ellaeel en nos murs, ce serait sans doute l'occasion d'obtenir plus de renseignements sur notre prisonnier elfe. Vous souvenez-vous gouverneur que dame Roswyn avait reconnu l'elfe comme étant un certain Wyglen de la tribu des Tes-elwens ? Si Ellaeel pouvait se rendre à la geôle de celui-ci, peut-être pourrait-elle nous en apprendre un peu plus sur lui ?

   Un large sourire avait illuminé le visage de Renaud. Il répondit :

   - Excellente idée Marcus. Cet elfe n'a jusqu'ici pas été très causant et comme nos médecins viennent de permettre sa réintégration en prison, je vous propose que cette jeune elfe et vous lui rendiez visite afin d'essayer d'en connaître davantage sur ses motivations.

   - Je n'ai pratiquement pas de relations avec cette tribu, dit alors la jeune elfe, mais si je puis vous aider d'une quelconque manière, je suis bien entendu disposée de me rendre en compagnie de Marcus à la cellule de votre prisonnier.

   Vers la fin de l'après-midi, Marcus et Cylin, le bâtiment militaire de la cité une fois rejoint, descendirent une petite série de marches conduisant aux geôles de Rochegrise. Sans rien laisser paraître, la fille de Themwyel enregistra les différents endroits où elle passait et tint le compte du nombre des différents hommes de garde. A n'en point douter, tous les prisonniers de cet endroit étaient bien gardés et l'accès à la cellule de Wyglen serait très compliqué si Cylin devait refaire le chemin seule afin d'essayer de libérer son frère. Plus ils avançaient dans les couloirs et plus la fille de Themwyel se rendit compte qu'il allait lui être impossible ne fusse que d'atteindre en vie la cellule de son frère .

   Cependant, au détour d'un petit carrefour de corridors, une sensation de fraîcheur vint caresser les épaules de la jeune elfe. Elle se retourna et vit, au bout d'un petit couloir, une large grille en fer qui donnait sur l'extérieur. Cet endroit devait border la petite rivière qui serpentait le long de l'arrière du palais et la fille de Themwyel eut le temps d'apercevoir, au dehors derrière la grille, deux soldats Meruviens qui montaient la garde.

   Une parole du capitaine Marcus la tira de ses pensées.

   - Nous sommes arrivés, voici la cellule de l' elfe.

   Pendant que Marcus ordonnait à un des deux gardiens d'ouvrir la lourde porte de la geôle, Cylin eut un petit tressaillement. La jeune elfe se demandait dans quel état allait-elle retrouver son frère ? En la reconnaissant, ce dernier n'allait-il pas les mettre tous les deux en position délicate, le capitaine se rendrait-il compte de quelque chose ?

   - Ferme la porte derrière nous et attends dehors, dit alors le capitaine au gardien.

   La fille de Themwyel laissa passer Marcus devant elle et, une fois à l'intérieur, dès que Wyglen eut posé les yeux sur les visiteurs, Cylin porta rapidement son index droit sur ses lèvres puis abaissa sa main tout aussi vite. La jeune elfe remarqua que son frère, couché sur une paillasse, avait beaucoup maigri. A ses côtés, une cruche d'eau et un quignon de pain auxquels Wyglen n'avait pas encore touché, avaient été déposés à même le sol.

   - Debout, chien, tu as de la visite, lui dit durement Marcus.

   Lentement, le frère de cylin se redressa et observa ses visiteurs. Son regard resta fixé un peu plus longtemps sur sa soeur mais ni ses lèvres si ses yeux ne trahirent le moindre étonnement.

   - Voici l'elfe qui a attenté à la vie du capitaine Aetius et de dame Roswyn d'Ixos, dit alors Marcus à Cylin, l'aviez-vous déjà vu auparavant ?

   Cylin mit un certain temps avant de répondre, observant wyglen avec attention et faisant semblant de chercher dans sa mémoire. Finalement, se tournant vers Marcus, elle lui dit :

   - Non... Je n'ai jamais vu cet elfe auparavant. En tout cas ce n'est pas un Maleel-ael, je connais tous les membres de ma tribu.

   - Essayez de lui parler. Demandez-lui dans quel but voulait-il attenter à la vie du capitaine Aetius et de dame Roswyn.

   - Comprenez-vous la langue elfique, demanda Cylin à Marcus ?

   - Oui, j'ai été longtemps en poste le long de la forêt des Blanpaux, c'est là que j'ai appris votre langue.

   S'adressant alors à Wyglen, la fille de Themwyel engagea la conversation en elfique.

   Le prisonnier la laissa parler sans l'interrompre puis, ayant déjà compris que sa soeur était à Rochegrise pour lui venir en aide, entra dans son jeu.

   - Maudite sois-tu, traîtresse ! Comment peux-tu pactiser avec ces chiens de Meruviens ? Un véritable elfe n'a pas à vouloir aider ce peuple de dominateurs. Que nos dieux te foudroient et te pulvérisent, je n'ai rien à ajouter de plus.

   Cylin regarda Marcus et haussa les épaules.

   - Nous n'en tirerons rien de plus. Venez, sortons, lui dit le capitaine.

   Dès qu'ils se retrouvèrent à l'extérieur du bâtiment militaire, Marcus demanda à la fille de Themwyel :

   - Comptez-vous rester quelque temps parmi nous ? J'aimerais vous faire visiter les environs de Rochegrise. On dit que cette région est triste mais personnellement je lui trouve un certain charme.

   Visiblement, Cylin ne s'attendait pas à cette demande. Prise au dépourvu, elle répondit :

   - Je... Je ne sais pas... Peut-être deux ou trois jours tout au plus. C'est très gentil à vous, je pense pouvoir vous consacrer un peu de temps demain. Mais pour l'instant je dois me rendre au négoce de la marchande Jolibert pour voir ce qu 'elle aurait à me proposer comme marchandises. Ensuite, j'irai me reposer quelque peu dans ma chambre de l'Auberge du Smilodon.

   Le capitaine, satisfait de la réponse de la jeune elfe, prit congé de cette dernière et réintégra ses quartiers militaires. Cylin, quant à elle, n'en ayant rien à faire des marchandises de la veuve Jolibert, prit directement la direction de l'auberge. Elle avait à réfléchir sérieusement sur la situation. Chemin faisant, elle rencontra deux voyageurs qui venaient d'entrer dans la cité et qui se dirigeaient vers le palais du gouverneur. Apercevant la jeune elfe, l'un d'entre eux, qui marchait en tenant un hongre par la bride, s'arrêta et s'écria tout étonné :

   - Ellaeel !?

   Cylin ne réagit pas immédiatement. Mais au deuxième appel, elle sursauta légèrement et fit la grimace. Elle se rendit compte qu'elle devait être beaucoup plus attentive au nom par lequel qu'elle avait elle même choisi de se faire appeler pour voyager en Meruvia. Elle s'arrêta et regarda les deux hommes qui s'avançaient vers elle.

   - Et bien Ellaeel, ne nous reconnaissez-vous donc pas ? Nous nous sommes vus à Ixos lors de votre passage chez le capitaine Bertrand.

   Effectivement, les deux voyageurs n'étaient autres qu'Ethiolas et Aldebert. Ceux-ci se rendaient chez le gouverneur Renaud pour tâcher d'en apprendre un peu plus sur l'honnêteté du banquier Damianos. Les deux amis, étonnés de rencontrer Cylin aussi loin de la forêt des Blanpaux s'enquirent du but de la présence de la jeune elfe à Rochegrise. L'ex-bailli d'Ilos plaisanta.

   - J'espère que vous ne vous êtes pas perdue dans cette région sinon nous nous ferions un plaisir de vous raccompagner vers l'est.

   Avec peine, Cylin esquissa un sourire.

   - Pas le moins du monde, répondit la fille de Themwyel, je suis ici en prospection commerciale. Mais je vous remercie pour votre offre, je me suis déjà faite un ami qui me guide dans la cité. Il s'agit du capitaine Marcus.

   - Ah, je connais Marcus, répondit Ethiolas. Un charmant garçon, vous êtes tombée en de bonnes mains.

   Prétextant une course urgente à faire, Cylin coupa court à la conversation et reprit sa route vers l'auberge du Smilodon, laissant les deux hommes quelque peu surpris. Une fois rentrée dans sa chambre, le fille de Themwyel s'assit sur le lit puis se mit à réfléchir longuement. Même si elle était heureuse d'avoir pu constater que Wyglen, bien que amaigri et encore faible, était toujours en vie, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle aurait pu agir dans la cellule de son frère. Avec le couteau qu'elle cachait toujours sur elle, elle aurait pu se débarrasser de ce Marcus qui, à son goût, était trop prévenant envers elle. Si ce Méruvien avait un moment pensé qu'il pouvait la coucher dans son lit, il se trompait lourdement. Pour elle, Marcus n'était qu'un moyen de pouvoir approcher Wyglen. Mais, tout en se remémorant tout le chemin parcouru avec le capitaine, elle fut bien obligée de constater que cette solution les auraient condamnés, son frère et elle, trop de gardiens circulaient dans les couloirs. Cylin repensa à la lourde grille de fer qui donnait sur la rivière. Celle-ci fermait le seul passage qu'elle pourrait emprunter sans trop de peine mais était surveillée par deux soldats. En comptant les deux hommes postés devant la cellule de Wyglen, cela faisait quatre gardiens dont elle devrait se débarrasser. Se sentant très capable de réussir, elle opta donc pour cette solution et décida de se reposer, et sans quitter sa chambre, jusqu'au lendemain matin.

   - J'agirai demain soir, se dit-elle, je ne dois plus attendre. Je vais sortir Wyglen de ce trou.

   En début de soirée, la fille de Themwyel fit monter son repas dans la chambre. Une fois celui-ci terminé, elle se fit remplir une bassine d'eau et prit un bain. Après quoi elle se coucha et s'endormit aussitôt.

 

 *   *   *

 

   A Cinaxa, et à la demande formelle du maître d'Ethyria, Medjhal avait reformé le Conseil des Sept. Le vieillard avait réussi à rappeler quatre des six membres qui, outre lui-même, formaient cette noble assemblée à l'origine, les deux autres étant décédés depuis quelque temps. Deux nouveaux membres devaient donc intégrer le groupe mais Norbert de Roncenoir avait exigé que le conseil puisse déjà présider aux réunions du gouvernorat dans son état actuel.

   Gildric fulminait. Il avait fait appeler Hildebald, le général de ses armées ainsi que Isembert, le Grand-Mage de la capitale.

   - Ce que j'ai toujours redouté est devenu réalité, dit-il en gesticulant. Norbert de Roncenoir vient de nous mettre des bâtons dans les roues en exigeant la remise en fonction du Conseil des Sept. Ce vieux fou de Medjhal va de nouveau pouvoir mettre son nez dans nos affaires. Désormais, nous devrons être très prudents car on peut déjà le considérer dès à présent comme un oeil du duc grand ouvert sur Cinaxa ! 

   - Oui, mais cela ne doit pas nous effrayer outre mesure, rétorqua Hildebald. Jusqu'à présent, personne n'a eu vent de la construction de notre flotte de guerre dans les criques de l'Aigle et du Lion au sud de Naxos. Tant que ça reste entre-nous il n'y a guère de danger à ce que ces travaux s'ébruitent. Mais si cela arrivait, nous serions dans une position inconfortable vis-à-vis d'Ethyria.

   - J'espère bien que ces constructions resteront secrètes, rétorqua Gildric, agacé. A propos, je voudrais que tu me dises de combien de navires de guerre disposons-nous actuellement ?

   - Le dixième est en cours d'achèvement, répondit le général.

   Le gouverneur de Cinaxa s'étonna.

   - Dix, seulement !? Cela ne va pas assez vite... J'exige que l'on double la cadence !

   - Actuellement, nous en sommes au double de ce que nous permet le traité avec Meruvia, Nous devons avancer lentement pour ne pas attirer l'attention, le Conseil des Sept ne doit absolument pas être au fait de la réalisation de tels travaux.

   Le mage Isembert intervint dans la conversation.

   - Pardonnez-moi, de combien de vaisseaux voulez-vous disposer, excellence ?

   - Il me faut cinquante navires de guerre, rétorqua Gildric d'un ton acerbe. Cinquante, et pas un de moins !

   - J'espère que vous ne fâcherez pas le duc, lui répondit Isembert. N'oubliez pas qu'il a changé d'avis au sujet de votre fille et qu'il veut toujours d'elle comme épouse.

   - Ma fille... Ma fille... Et où est-elle donc ma fille ? D'abord faudrait-il qu'Elmadj me la ramène au plus tôt, et je n'ai toujours aucune nouvelle de lui.

   A ce moment, un serviteur entra dans la pièce et prononca quelques mots à l'oreille de Gildric. Ce dernier sursauta, et avec un large sourire, annonça :

   - Et bien, quand on parle du loup... On m'annonce l'arrivée d'Elmadj avec Eleonor dans la rade de Cinaxa !

   - Ne soyez pas trop dur avec elle, rétorqua Hildebad, malgré cette trahison elle reste votre fille. En outre, ne m'aviez-vous pas dit que votre fiancée, Alix de Sybaris, devait bientôt arriver à Cinaxa pour y passer quelque temps avant votre mariage ? Eleonor pourrait s'occuper du séjour de la jeune Alix afin de le lui rendre agréable.

   - Vous avez raison Hildebald, ma fiancée ne sera pas seule, d'ailleurs. Sa charmante soeur Théodora l'accompagnera pour ce séjour dans notre capitale. Quoi qu'il en soit, je ferai surveiller Eleonor nuit et jour par mes espions. Cette fois elle ne pourra plus s'échapper avant que Norbert de Roncenoir ne vienne la chercher pour l'emmener à Ethyria. A ce sujet, je veux que l'on fasse surveiller le port et les différentes entrées à Cinaxa. Les amis d'Eleonor, d'Ixos ou d'ailleurs, ne doivent en aucun cas entrer en contact avec elle. Je compte sur vous, Hildebald.

 

   Mais ce que Gildric ignorait, c'était que Bertrand, accompagné de son second, le géant Enoch, avait déjà rejoint la capitale de Phaeton et se trouvait actuellement chez Thélion, le mari de Marguerite, l'ancienne gouvernante d'Eleonor. Le fis de Manon s'était juré de faire payer très cher à Elmadj l'enlèvement de sa bien-aimée et était fermement décidé de la ravir à son père et la ramener sur le continent.

 

   Au diable le général Eudes et mon mariage avec Blanche, pensait le jeune homme. Quand j'aurai retrouvé Eleonor nous nous enfuirons tous les deux et irons vivre loin de toutes ces turpitudes diplomatiques.

 

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